Il est tentant de décrire notre époque comme extraordinairement avancée. Nous parlons quotidiennement à des systèmes d’intelligence artificielle, nous transportons des bibliothèques entières dans nos poches et une partie considérable de notre existence traverse des infrastructures que nous ne voyons jamais.
Et pourtant, une question me travaille : sommes-nous réellement modernes, ou seulement équipés de technologies modernes ?
Une puissance que nous apprenons encore à habiter
Je ne parle pas ici d’un effondrement de civilisation. L’expression « Moyen Âge technologique » est volontairement imparfaite. Elle désigne plutôt un décalage : nos outils progressent parfois plus vite que notre capacité collective à déterminer ce qu’ils devraient avoir le droit de faire.
Nos données circulent. Nos identités numériques se multiplient. Des algorithmes décident ce que nous voyons. Des intelligences artificielles commencent à agir au nom de leurs utilisateurs.
Mais qui est souverain dans tout cela ?
L’entreprise qui possède le serveur ? L’État qui écrit la loi ? L’individu qui produit la donnée ?
Je n’ai pas encore de réponse satisfaisante.
Et si la maturité technologique ressemblait au silence ?
J’imagine parfois une technologie beaucoup moins visible qu’aujourd’hui. Pas une maison qui me souhaite bonjour lorsque je franchis la porte. Pas davantage de notifications. Au contraire : une infrastructure personnelle discrète, solide, contrôlable, qui protège mon identité et mes données sans réclamer constamment mon attention.
La sophistication ultime serait peut-être de pouvoir l’oublier.
Je pourrais alors continuer à vivre une vie parfaitement ordinaire : travailler, marcher, bricoler, cultiver quelque chose, parler à mes proches. La technologie aurait accompli son travail précisément parce qu’elle ne serait plus le centre de la scène.
Ce que je ne sais pas encore
Cette intuition comporte énormément de problèmes. Une infrastructure personnelle peut elle-même devenir un point faible. Une souveraineté totale peut entrer en conflit avec des nécessités collectives. Et la simplicité apparente d’un système peut cacher une dépendance considérable à ceux qui fabriquent ses composants.
Je ne veux donc pas transformer cette idée en réponse.
Pour l’instant, elle reste une question : et si notre prochaine avancée technologique importante n’était pas d’ajouter davantage de technologie à nos vies, mais d’apprendre enfin à lui donner une place juste ?